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Le complexe de Frankenstein apparaît précisément lorsque cet objectif est perdu de vue.

Un dossier trop « fabriqué » entraîne plusieurs conséquences. La première est la production d’un texte désincarné. Le document peut être parfaitement structuré et rédigé, mais il ne laisse pas apparaître la personne qui se trouve derrière. Les situations professionnelles deviennent floues, les contraintes disparaissent, les marges de manœuvre ne sont plus perceptibles. Or, la VAE repose sur le réel : des actions concrètes, réalisées dans des contextes précis, avec des enjeux et des limites. Plus le dossier s’éloigne de cette réalité, moins il devient convaincant.

La seconde conséquence réside dans une généralisation excessive du propos. En cherchant à correspondre au référentiel, le candidat peut produire des formulations très théoriques, déconnectées de sa pratique réelle. Il nomme des compétences sans les incarner. Pourtant, ce qui est attendu n’est pas uniquement l’énoncé des compétences, mais la démonstration concrète de leur mobilisation dans des situations professionnelles vécues.

Enfin, la troisième conséquence, sans doute la plus problématique, concerne la perte de maîtrise du dossier. Lorsque le candidat ne reconnaît plus totalement sa manière de penser dans ce qui est écrit, une distance s’installe. Le livret semble juste dans l’ensemble, mais il ne correspond plus exactement à la manière dont il aurait lui-même formulé son expérience. Ce décalage est souvent perceptible lors de l’oral, car le jury identifie rapidement les incohérences entre le discours écrit et la parole.

Il convient toutefois de préciser que le recours à des outils ou à un accompagnement n’est pas en soi problématique. Ces aides peuvent être précieuses pour structurer le dossier, clarifier certaines idées, approfondir l’analyse ou encore éviter des erreurs de méthode. La difficulté apparaît lorsque ces apports se substituent à la réflexion du candidat, à sa compréhension et à sa capacité d’expression. Dans ce cas, il ne s’agit plus d’un soutien, mais d’un remplacement.

Or, en VAE, toute substitution finit généralement par se retourner contre le candidat.

Il est également essentiel de souligner qu’un dossier solide n’est pas nécessairement un dossier parfait. Un livret parfois moins abouti sur la forme, mais plus juste sur le fond, peut se révéler bien plus convaincant. Un dossier qui assume certaines limites, qui met en évidence une progression et qui reconnaît des zones de difficulté peut inspirer davantage de confiance qu’un document excessivement lisse, donnant l’illusion d’une maîtrise constante.

Certains signaux permettent d’identifier une dérive vers ce complexe de Frankenstein. Il peut s’agir, par exemple, d’un dossier que le candidat juge très réussi sur le plan rédactionnel, mais qu’il aurait du mal à expliquer spontanément à l’oral. D’autres indices apparaissent lorsque certaines formulations semblent étrangères à sa manière habituelle de s’exprimer, ou encore lorsque des questions précises obligent à revenir à un discours beaucoup plus simple et concret. Un autre indicateur réside dans une impression de perfection totale, qui ne correspond pas à la réalité d’un parcours professionnel, nécessairement fait d’ajustements, d’erreurs et d’apprentissages. Enfin, un déséquilibre peut apparaître lorsque le référentiel du diplôme semble prendre le pas sur l’expérience du candidat lui-même.

Dans ce contexte, une orientation essentielle consiste à rester au plus près du réel. Il s’agit de s’ancrer dans son environnement professionnel, dans ses responsabilités effectives, dans sa pratique quotidienne, ainsi que dans ses réussites comme dans ses difficultés. L’analyse doit refléter la manière dont les situations ont été vécues, pensées, ajustées et comprises.

La VAE ne demande pas de construire un personnage plus convaincant que soi-même. Elle repose sur la capacité à démontrer, à partir de son expérience réelle, que les compétences attendues ont déjà été développées.

Ainsi, il n’est ni nécessaire ni souhaitable de « fabriquer » un dossier artificiel. Au contraire, un livret authentique, incarné et fidèle à la réalité professionnelle constitue un appui bien plus solide, tant pour l’écrit que pour l’oral.

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  • Faire preuve d’agilité et de patience !
Cet article a été rédigé par
Lucie Dulac

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