Un profil apparaît très fréquemment chez les candidats en VAE : des personnes sérieuses, investies et fiables, qui respectent le cadre, exécutent les consignes et anticipent parfois les attentes. Ces individus peuvent être qualifiés de très professionnels. Cependant, en VAE, ce sont souvent ceux qui doutent le plus, qui rencontrent le plus de blocages et qui s’auto-censurent. Ce paradoxe est fréquemment lié à ce que l’on désigne sous le terme de « syndrome du bon élève ».
Le syndrome du bon élève
Lorsqu’il est question du syndrome du bon élève, il ne s’agit ni d’un trouble ni d’un diagnostic psychologique, mais d’un schéma de fonctionnement appris et intériorisé, souvent ancien. Le « bon élève » a assimilé que réussir consiste à respecter strictement une consigne, que la validation par une autorité légitime est le critère du succès et que l’erreur est à éviter.
Ce schéma fonctionne parfaitement dans le cadre scolaire et dans de nombreuses organisations professionnelles où il est même valorisé. La VAE, cependant, n’est ni l’école ni exactement le monde du travail tel qu’il est connu au quotidien.
La VAE : un dispositif hybride
La VAE est un dispositif hybride qui peut perturber les repères habituels. Elle reprend à l’institution scolaire son cadre, ses jurys et ses diplômes, mais elle puise dans le monde professionnel sa matière première : l’expérience réelle. C’est dans cette dualité que se produit souvent le malentendu.
De nombreux candidats abordent la VAE comme un examen scolaire tardif, adoptant les mêmes réflexes :
- Qu’attend-on de moi ?
- Que faut-il écrire ?
- La formulation est-elle correcte ?
- Suis-je conforme aux attentes ?
Or, la VAE ne repose pas sur la conformité. Elle évalue non seulement la capacité à suivre un cadre, mais surtout la capacité à démontrer des compétences en lien avec un référentiel spécifique. L’objectif est d’analyser la pratique professionnelle en montrant :
- Ce que le candidat fait
- Comment il le fait
- Pourquoi il le fait de cette manière
Et plus particulièrement, ce que cela révèle :
- Les compétences mobilisées
- Les enjeux professionnels identifiés
- Une compréhension globale des situations, incluant causes et conséquences
Le jury attend un professionnel capable de prendre du recul sur son action, et non de s’en extraire.
Difficultés fréquentes chez le candidat « bon élève » en VAE
1. Surconformité au référentiel
L’un des principaux écueils pour le bon élève en VAE est la surconformité : tenter de coller mot à mot au référentiel, utiliser exactement le vocabulaire attendu et remplir toutes les cases. Ce comportement peut conduire à produire des dossiers très « propres » mais qui ne permettent pas toujours la validation, car la réalité du travail n’est pas incarnée ni analysée.
2. Passer de l’exécution maîtrisée à l’explicitation consciente
Le bon élève applique correctement les règles et respecte les procédures, mais pense parfois que cela suffit. En VAE, tout doit être explicité : le jury ne complète pas ce qui n’est pas écrit. Il est donc nécessaire de situer les compétences dans un contexte concret, avec ses contraintes, ses acteurs, ses moyens et ses arbitrages. Les situations doivent être précises, datées et incarnées.
3. Verbaliser sa responsabilité (« dire je »)
Les candidats présentant le syndrome du bon élève tendent à s’effacer derrière le collectif, les procédures ou l’organisation. En VAE, ne pas utiliser le « je » ne démontre pas l’humilité, mais empêche le jury d’identifier les décisions, la gestion, les arbitrages et les réalisations personnelles. L’évaluation porte sur le candidat individuel, non sur l’équipe ou le service.
4. Procrastination studieuse
Certains candidats n’écrivent pas ou effacent leurs productions plutôt que de les soumettre à un accompagnateur. Ils compensent par une lecture intensive du référentiel, de guides ou d’articles, et par une attention excessive à la mise en page ou à la reformulation. Cette stratégie n’indique ni paresse ni désengagement, mais un mécanisme d’évitement inconscient. Écrire implique de se confronter à sa propre pratique et aux points de vue extérieurs, ce qui peut générer de l’inconfort. Cependant, c’est l’écriture qui permet d’avancer réellement dans le dossier.
Le rôle de l’accompagnement VAE
Pour un candidat présentant le syndrome du bon élève, l’accompagnement est essentiel. Il permet de désapprendre certains réflexes profondément ancrés, tels que la récitation, la conformité formelle ou l’effacement derrière le collectif. L’accompagnement offre un cadre sécurisé et bienveillant pour :
- Tester et challenger les hypothèses
- Mettre à l’écrit et expliciter les compétences
- Démontrer de manière argumentée que la pratique professionnelle répond aux exigences du diplôme
L’objectif n’est plus de chercher la validation externe, mais de permettre au candidat de s’auto-légitimer et de présenter une pratique cohérente, explicite et démontrable.
Conclusion
Le syndrome du bon élève n’est pas un défaut. Il témoigne d’un parcours sérieux, engagé et responsable. En VAE, toutefois, la recherche d’une perfection scolaire peut empêcher de répondre à l’objectif principal : démontrer sa capacité à penser, analyser et assumer son propre travail. Ce basculement, plus que la qualité de l’écriture, est souvent ce qui fait la différence devant un jury.