La Validation des Acquis de l’Expérience est un dispositif dont le principe est relativement simple : il permet d’obtenir un diplôme en faisant reconnaître son expérience professionnelle. Pourtant, au cours de cette démarche, il se produit parfois quelque chose de beaucoup plus inattendu.
De nombreux candidats expliquent que cette expérience les a profondément transformés. Certains vont même jusqu’à la comparer à une forme de thérapie. Cette comparaison peut surprendre, mais elle mérite que l’on s’y attarde afin de comprendre ce qui se joue réellement dans un parcours de VAE, et ce que l’on peut venir y chercher au-delà de la seule obtention d’un diplôme.
À première vue, la question peut sembler étrange. La Validation des Acquis de l’Expérience n’est évidemment pas une thérapie. Elle ne relève ni du soin ni du champ psychologique. Il ne s’agit pas d’un dispositif thérapeutique et elle n’a pas vocation à traiter des problématiques personnelles.
Cependant, lorsque l’on accompagne des candidats pendant plusieurs mois, il arrive d’observer des effets qui dépassent largement l’objectif initial du diplôme. La raison en est relativement simple. La VAE oblige à accomplir plusieurs démarches que nous réalisons très rarement au cours d’une carrière. Elle conduit à analyser son parcours, à expliciter son travail, à confronter son expérience à un regard extérieur et à donner une cohérence à sa trajectoire professionnelle. Lorsque ces différents mécanismes se combinent, la démarche peut produire des effets personnels particulièrement marquants.
La VAE donne du temps à la prise de recul
Dans la plupart des trajectoires professionnelles, les individus avancent sans réellement prendre le temps de regarder derrière eux. Les changements de poste s’enchaînent, de nouvelles responsabilités sont acceptées, les contraintes évoluent et les urgences s’imposent. Au fil des années, les expériences, les projets et les responsabilités s’accumulent, mais il est rare que l’on prenne le temps d’observer l’ensemble du chemin parcouru.
La VAE introduit un mouvement inverse. Elle crée un espace temporel consacré à la réflexion sur son propre parcours. Pendant plusieurs mois, le candidat analyse ce qu’il a réalisé, ce qu’il sait faire et la manière dont il a appris son métier. Dans des trajectoires professionnelles souvent rapides et marquées par l’action, ce temps de recul constitue déjà en soi une expérience inhabituelle, d’autant plus qu’une véritable profondeur d’analyse est attendue.
Ce travail passe également par l’écriture, qui instaure une forme particulière de distance. Lorsque l’on écrit sur son activité professionnelle, on se détache de l’action pour observer sa propre pratique. Des décisions autrefois prises de manière intuitive deviennent progressivement des objets d’analyse. Des questions simples, mais rarement formulées, émergent alors : pourquoi ai-je agi ainsi dans cette situation ? Quels éléments ont guidé mes choix ? Comment ai-je arbitré entre plusieurs contraintes ?
De nombreux professionnels ont développé une expertise solide dans leur domaine, mais ils n’ont jamais réellement eu l’occasion de formaliser ce qu’ils font au quotidien. La VAE les oblige précisément à accomplir ce travail.
Au fil de cette analyse, un phénomène apparaît fréquemment : la manière de parler de son travail évolue. Au début de la démarche, beaucoup de candidats décrivent leurs activités de façon très simple. Progressivement, au contact du référentiel de compétences et grâce au travail d’écriture et de réécriture, les formulations se transforment. Or, lorsque le langage évolue, la perception de soi se modifie souvent également.
La VAE travaille l’identité professionnelle… et personnelle
La VAE agit également sur une dimension plus profonde, celle de l’identité. L’identité peut être définie comme la manière dont une personne se perçoit, se comprend et se définit elle-même, notamment à travers ses rôles sociaux et professionnels.
Dans nos sociétés, le travail occupe une place centrale dans cette construction. Ce que nous faisons professionnellement influence la manière dont nous nous percevons et dont les autres nous perçoivent. Certaines personnes exercent depuis longtemps des responsabilités importantes, prennent des décisions, pilotent des équipes ou des projets, sans pour autant se sentir pleinement légitimes à ce niveau.
Le syndrome de l’imposteur est souvent évoqué pour décrire ce décalage, mais même sans aller jusque-là, il peut exister des interrogations persistantes concernant sa propre légitimité.
La VAE peut contribuer à réduire cet écart. Elle permet de donner une forme académique à des compétences qui existaient déjà dans la pratique. Dans ce processus, de nombreux candidats découvrent également que les compétences qu’ils ont développées dépassent largement leur poste ou leur métier. Ils prennent conscience de capacités plus générales, telles que l’analyse de situations complexes, l’arbitrage entre plusieurs contraintes, la coordination d’acteurs différents, la gestion de tensions ou la prise de décisions dans l’incertitude.
Ces compétences, que l’on qualifie souvent de soft skills ou de life skills, touchent à la fois la sphère professionnelle et la sphère personnelle. Leur reconnaissance peut avoir un impact direct sur l’image que l’on a de soi, ainsi que sur la confiance et l’estime personnelles.
Ces évolutions sont parfois très visibles. Au début d’un accompagnement, certains candidats arrivent avec beaucoup de retenue. Ils minimisent leur parcours, évoquent peu leurs responsabilités et doutent parfois de leur légitimité. Puis, au fil du travail, quelque chose se transforme. Ils expliquent plus clairement leurs décisions, décrivent leur rôle dans certaines situations et assument davantage les responsabilités qu’ils ont exercées.
Il arrive même que ces transformations se manifestent physiquement. Certaines personnes se tiennent plus droites entre le début et la fin de l’accompagnement. La voix devient plus assurée et le vocabulaire évolue. L’usage du « je » s’affirme progressivement, lorsque le candidat accepte que reconnaître sa propre contribution ne signifie pas effacer celle des autres.
La VAE peut réparer certaines blessures professionnelles ou scolaires
Certaines personnes entament une démarche de VAE avec une histoire scolaire difficile. Elles ont parfois quitté l’école tôt ou conservent de leur parcours scolaire une image négative d’elles-mêmes. Pendant longtemps, elles ont pu entendre qu’elles n’étaient pas faites pour les études ou qu’elles n’étaient pas « scolaires ». Or, les expériences vécues pendant l’enfance, l’adolescence et même au début de l’âge adulte peuvent laisser des traces durables dans la perception que l’on a de soi.
Ces représentations peuvent persister pendant de nombreuses années, y compris lorsque la personne a construit une carrière solide.
Les blessures ne sont d’ailleurs pas uniquement d’origine scolaire. Certaines personnes ont également vécu des formes de dévalorisation professionnelle. Il peut s’agir d’un manque de reconnaissance dans leur organisation, de responsabilités importantes exercées sans statut correspondant, ou encore du sentiment d’être restées bloquées dans leur évolution faute de diplôme.
La VAE peut modifier ce regard. Elle renverse en partie la logique classique du système éducatif. Dans le parcours académique traditionnel, l’étudiant doit démontrer sa valeur à travers des examens et des notes. Dans la VAE, c’est l’institution qui reconnaît la valeur de l’expérience professionnelle.
Le jury ne demande pas au candidat de réussir des épreuves théoriques. Il lui demande d’analyser et de démontrer les compétences qu’il a construites dans la réalité du travail.
Pour certaines personnes, ce déplacement de perspective transforme profondément leur rapport au savoir et peut participer à une forme de reconstruction personnelle.
Retrouver du pouvoir d’agir sur sa trajectoire
L’ensemble de ces mécanismes produit souvent un effet très concret : la VAE redonne du pouvoir d’agir sur sa trajectoire professionnelle. Le changement de regard porté sur soi-même peut entraîner des conséquences très tangibles.
Dans l’expérience de nombreux accompagnateurs, une part importante des candidats évolue professionnellement au cours même de la démarche de VAE, parfois avant même l’obtention du diplôme. Cela montre bien que la démarche agit souvent bien au-delà de la seule certification.
Le diplôme reste évidemment un élément important. Toutefois, ce qui évolue le plus profondément est souvent la manière dont la personne se perçoit et se positionne dans sa vie professionnelle. Elle ne subit plus simplement sa trajectoire : elle commence à la piloter.
Il s’agit sans doute de l’un des effets les plus puissants de la démarche. Pour certains candidats, cette transformation peut être suffisamment marquante pour être comparée, avec leurs propres mots, à une forme d’effet thérapeutique.
La VAE n’est pas une thérapie !
Elle ne relève ni du soin ni de l’accompagnement psychologique.
Cependant, lorsqu’on observe attentivement ce qui se produit réellement au cours d’une démarche de VAE, on comprend mieux pourquoi certains candidats emploient spontanément ce terme. La démarche oblige à revisiter son histoire professionnelle et à lui donner du sens. Elle conduit à mettre des mots sur des compétences qui étaient parfois mobilisées depuis longtemps sans avoir été clairement identifiées. Elle implique également de confronter son expérience au regard d’autres professionnels qui viennent reconnaître ce qui a été construit au fil des années.
Pour certaines personnes, cette combinaison peut produire un effet profondément réparateur. Elle peut contribuer à restaurer une image de soi fragilisée par un parcours scolaire difficile. Elle peut également réduire le décalage entre les responsabilités réellement exercées et la reconnaissance obtenue. Elle peut enfin permettre de réconcilier différentes dimensions d’une histoire professionnelle.
C’est peut-être pour cette raison que certains candidats parlent, avec leurs propres mots, d’une forme de « thérapie ».