Pour poursuivre notre mois du social, abordons aujourd’hui l’analyse de la pratique professionnelle (APP), une pratique courante dans les métiers du social, du soin et de l’accompagnement.
Que ce soit à travers des ateliers encadrés par un intervenant extérieur, des groupes d’échange entre pairs, des réunions cliniques ou des temps de supervision, ces moments permettent de prendre du recul sur les situations rencontrées, d’interroger sa posture professionnelle et de faire évoluer ses pratiques.
Cependant, dans le cadre d’une démarche de Validation des Acquis de l’Expérience, ils sont rarement mobilisés de manière explicite, ce qui est dommage. En effet, l’analyse de la pratique, lorsqu’elle est bien utilisée, peut devenir un véritable levier de structuration du livret.
Elle peut vous aider à clarifier votre positionnement, à mieux formuler ce que vous faites, à distinguer ce qui relève de l’intuition, de l’automatisme, et ce qui relève d’un choix professionnel conscient.
Mais attention, elle peut aussi vous conduire à certaines erreurs, comme confondre le collectif avec le personnel, l’introspection avec l’analyse, ou le discours avec l’action.
Dans cet épisode, nous allons faire le point sur la place que peuvent occuper ces temps d’analyse et de partage dans votre VAE :
- Ce qu’ils peuvent vous apporter concrètement
- Ce qu’ils ne remplacent pas
- Et comment en faire un appui solide pour votre dossier
Partie 1 – Comment ces espaces peuvent vous aider en VAE
- Un vocabulaire professionnel qui se précise
Dans les métiers du social, on ne se contente pas d’agir, on pense son action. Souvent, on apprend à mieux la nommer en groupe, à travers ces temps de retour sur expérience.
Exemple : une éducatrice explique en réunion qu’elle a « aidé un jeune à se calmer ». À la fin de l’échange, elle reformule : « J’ai posé un cadre sécurisant, verbalisé l’émotion que je percevais, proposé un espace d’isolement volontaire et valorisé le retour à la norme du groupe. »
Ce n’est pas du blabla, c’est une prise de conscience professionnelle. Ce genre d’exercice affine la manière dont vous racontez votre métier, et c’est ce que cherche le jury : pas une belle histoire, mais un récit professionnel outillé.
- Des exemples concrets décortiqués, donc utilisables
Vous avez sûrement vécu une situation difficile, mal vécue, mal comprise… Et c’est en réunion d’équipe ou en analyse de la pratique que vous mettez le doigt sur ce qui s’est vraiment joué.
Exemple typique : un refus d’accompagnement par une personne sans abri. Sur le moment : frustration. En groupe : « Est-ce que j’ai respecté son rythme ? Est-ce que j’ai projeté mes propres attentes d’insertion rapide ? »
Résultat : vous comprenez que ce refus est une forme d’expression, une résistance, une demande implicite d’espace. Ce type de décryptage, vous pouvez le réutiliser tel quel dans votre livret. C’est une situation analysée, argumentée, professionnalisée.
- Une posture réflexive, indispensable en VAE
La VAE ne cherche pas à vérifier ce que vous avez fait, mais comment vous en parlez. Elle vérifie que vous êtes capable de prendre du recul. Or, ces espaces sont des laboratoires de recul.
Vous y avez appris à dire « je », mais avec éthique. À assumer vos choix, vos hésitations, vos erreurs — pas pour vous excuser, mais pour montrer votre capacité à vous ajuster. Et c’est exactement ce que les jurys cherchent à lire.
Partie 2 – Les limites à ne pas oublier
- Ce n’est pas parce que c’est dit en réunion que c’est juste
Ces espaces peuvent être puissants… Mais ils peuvent aussi renvoyer une vision collective biaisée. Exemple : une pratique « habituelle » de l’établissement, discutée et acceptée en réunion, peut très bien être hors cadre par rapport au référentiel du diplôme visé.
Et si vous la défendez telle quelle dans votre livret, vous tombez dans le piège : « On fait comme ça chez nous », au lieu de « voilà la posture attendue, et voilà pourquoi j’ai fait ce choix-là à ce moment-là ». Le jury ne valide pas la culture de votre structure. Il valide votre pratique individuelle, en regard d’un diplôme national.
- Trop d’analyse, pas assez d’action
Deuxième piège : vouloir trop bien faire, trop expliquer… et s’éloigner des faits. On voit souvent des dossiers qui ressemblent à des notes de psycho sociale. Pleins de concepts, de valeurs, d’intentions… mais sans ancrage dans des actes concrets.
Dans une VAE, on attend :
- Une situation précise
- Une action réalisée
- Une posture assumée
- Un résultat (même imparfait) Et ensuite seulement… une analyse. Pas l’inverse.
- Le groupe ne remplace pas la posture individuelle
Dans ces temps d’échange, on parle souvent de « nous ». Et c’est normal. Mais la VAE, elle, demande de parler de « je ». « Nous avons mis en place une médiation » → Non. « J’ai proposé une médiation, puis j’ai mobilisé mes collègues pour définir un cadre commun. » → Oui.
Vous pouvez partir d’un échange collectif, mais vous devez en extraire votre propre rôle. C’est là que la VAE devient un exercice d’affirmation.
Partie 3 – Comment les utiliser concrètement dans votre VAE
- Gardez une trace de ces temps
Notez les situations discutées, les questions posées, les phrases qui vous ont marqué.
- Reprenez vos notes pour enrichir une situation clé de votre livret
Vous pouvez dire : « Cette situation a ensuite été retravaillée en analyse de la pratique. J’ai pu prendre conscience de… »
- Servez-vous-en pour affiner votre posture
Surtout dans les diplômes comme DEES, CAFERUIS, CAFDES, où la capacité de distanciation est fondamentale.
- Attention à ne pas tout ramener à l’analyse
Racontez ce que vous avez vécu, pas juste ce que vous en avez pensé.
Les temps d’analyse de la pratique sont des trésors pour une démarche VAE. Mais ce sont des ressources indirectes. Ils ne remplacent pas l’action, ni la preuve, ni la compétence. Ils servent à mettre en mots, à mettre en cohérence, à faire émerger la posture pro derrière les actes. Alors ne les oubliez pas.